Dans mes articles, vous avez peut-être lu que je ne suis pas propriétaire de mon logement. Pourtant, je travaille dans la tech
, j'ai un bon salaire et une situation stable. La sagesse populaire voudrait que je sois propriétaire
. Voici ce que j'entends constamment de mes proches et dans les médias :
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En étant locataire, tu ne profites pas de l'effet de levier !
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Tu jettes ton argent par la fenêtre ! Tu pourrais capitaliser !
L'immobilier, c'est un investissement sûr, c'est béton
— sans jeu de mot.
On nous a programmés à acheter
dès le plus jeune âge, aussi naturellement que les bébés tortues se dirigent instinctivement vers la mer.
Cet article s'adresse à ceux qui hésitent entre l'achat et la location. Nous nous concentrons sur l'acquisition d'une résidence principale — et non sur l'investissement immobilier locatif, qui demeure intéressant pour diversifier un portefeuille d'actifs. Être locataire peut constituer un choix rationnel et stratégique.
Immobilisation du capital : un frein à la diversification
On confond souvent l'achat immobilier avec un investissement, probablement parce qu'il nécessite un apport important et un emprunt sur plusieurs années. Mais cette décision immobilise une part considérable du capital dans un seul actif peu liquide. La vente d'une résidence s'avère longue et coûteuse, ce qui est particulièrement problématique en cas de besoin urgent de liquidités ou de changement de situation (décès, divorce...).
Un coût d'opportunité
Au lieu d'immobiliser mon capital dans une résidence principale, je peux me constituer un portefeuille d'investissement diversifié et saisir des opportunités de croissance plus importantes.
Par exemple :
- Les marchés financiers : actions, obligations, ETF.
- L'immobilier locatif : qui, contrairement à une résidence principale, génère des revenus.
- Des projets alternatifs : private equity, SCPI, crowdfunding immobilier, entrepreneuriat
Des coûts sous-estimés
Devenir propriétaire implique des frais souvent sous-estimés :
- Entretien : un logement nécessite un entretien régulier (rénovations, réparations, etc.). Selon l'ANAH, ces dépenses représentent entre 1 % et 2 % de la valeur du bien chaque année.
- Taxes : les taxes foncières ont augmenté de 31 % en dix ans selon l'UNPI, et peuvent atteindre plusieurs milliers d'euros par an.
- Frais annexes : comme pour tout investissement, il y a des intermédiaires : frais de notaire, frais d'agence, assurances et intérêts d'emprunt viennent alourdir la facture.
- Ameublement et décoration : posséder sa résidence principale entraîne souvent des dépenses d'ameublement et de décoration. Pour quelqu'un comme moi qui accorde peu d'importance à ces aspects, c'est une source d'économies non négligeable.
Ces coûts récurrents, souvent ignorés dans les calculs de rentabilité, peuvent réduire considérablement le rendement de votre achat.
Rentabilité : oui mais attention aux illusions
Contrairement à une idée reçue, l'immobilier résidentiel n'offre pas toujours un rendement exceptionnel. En tenant compte de l'inflation, des coûts liés à la propriété et de la fiscalité, la plus-value réelle à la revente peut s'avérer modeste.
Sur la période 2010-2025, la rentabilité moyenne d'un investissement diversifié en bourse (via des ETF mondiaux) a été d'environ 8-9 % par an, contre 3-4 % pour l'immobilier résidentiel en France, hors effet de levier. Selon l'INSEE et les notaires de France, il faut en moyenne 15 ans pour rentabiliser l'achat d'un logement de 70 m² en prenant en compte tous les frais.
Ces chiffres sont des moyennes nationales et peuvent varier significativement selon la localisation, l'état du bien, la conjoncture économique et les conditions de financement.
Liberté et mobilité : un atout dans un monde qui change
La propriété est synonyme d'ancrage. Ne pas posséder de bien immobilier me permet de rester flexible. Je peux changer de ville ou de pays selon les opportunités professionnelles ou personnelles, sans me soucier de vendre un bien ou de gérer une location.
Dans un monde où les carrières sont de moins en moins linéaires et où la mobilité devient un avantage stratégique, cette liberté de mouvement est un atout précieux.
La transmission patrimoniale
L'immobilier est un actif peu liquide et non fongible. À moins de le séparer en lots (si c'est un immeuble), l'héritage d'un bien immobilier est souvent source de conflits familiaux. Un actif financier, au contraire, se divise facilement entre les héritiers. De plus, la transmission d'un bien immobilier peut engendrer des frais de succession importants et nécessiter des arrangements complexes entre héritiers. La liquidité des actifs financiers facilite grandement le partage et permet une transmission plus équitable. Pensez-y lors de votre planification patrimoniale.
L'effet de levier : amplifie les gains… et les pertes
L'effet de levier est souvent cité comme l'argument clé en faveur de l'achat. En contractant un emprunt pour financer l'achat d'un bien, vous investissez une somme bien supérieure à votre apport personnel. Cet effet amplifie les gains en cas de hausse des prix… mais aussi les pertes en cas de baisse.
Prenons un exemple concret :
Vous achetez un bien à 300 000 € avec un apport de 30 000 € (10 %) et un emprunt de 270 000 €.
Scénario 1 : Hausse des prix (+20%)
Si après quelques années, la valeur du bien grimpe de 20 %, il vaut désormais 360 000 €.
En revendant à ce prix et après remboursement des 270 000 € d'emprunt, il vous reste :
➡️ 90 000 € en poche (hors frais)
Votre capital initial de 30 000 € a donc triplé (×3) grâce à l'effet de levier.
Scénario 2 : Baisse des prix (-20%)
Si au contraire le marché immobilier baisse de 20 %, votre bien ne vaut plus que 240 000 €.
En cas de revente, après remboursement des 270 000 € d'emprunt, il vous manque :
➡️ 30 000 € pour solder le prêt
Non seulement vous perdez votre apport initial, mais vous restez encore débiteur auprès de la banque.
Pourquoi devenir propriétaire
Ne vous méprenez pas. Il faut nuancer mes propos qui sont volontairement à charge. Acheter sa résidence principale peut être une excellente décision pour plusieurs raisons :
- C'est un actif réel, une valeur refuge à l'instar de l'or. Si tout part à vau-l'eau, il restera au moins ça.
- Il contribue significativement à la qualité de vie, créer un environnement qui nous ressemble où l'on se sent vraiment chez soi.
- C'est un achat durable qui s'apprécie généralement dans le temps, avec une volatilité limitée.
- L'effet de levier est malgré tout un excellent moyen de se constituer et de gonfler son patrimoine.
- Une épargne forcée : le remboursement du crédit immobilier exige une bonne discipline financière pour ceux qui ont du mal à épargner spontanément.
Conclusion
Voici quelques éléments pour aider à prendre une décision éclairée :
Acheter est pertinent si :
- Vous envisagez de vous stabiliser pour au moins 10 à 15 ans.
- Vous disposez d'un apport suffisant et pouvez obtenir un bon taux d'emprunt.
- Vous êtes prêt à assumer les charges de la propriété (entretien, taxes, etc.).
- Vous souhaitez constituer un patrimoine tout en bénéficiant d'une épargne automatique
- L'offre locative est limitée ou peu attractive dans votre région.
Louer est préférable si :
- Vous privilégiez la flexibilité et la mobilité.
- Vous préférez diversifier vos investissements plutôt qu'immobiliser votre capital.
- Vous résidez dans une zone où les prix d'achat sont disproportionnés par rapport aux loyers.
- Vous ne souhaitez pas vous engager dans un crédit long terme.
- Vous n'avez pas accès au crédit immobilier (une situation courante).
En définitive, le choix optimal dépend de votre situation personnelle et de vos objectifs financiers. L'achat immobilier peut être judicieux, mais ne devrait jamais résulter d'une pression sociale ou d'un choix par défaut. La location représente une stratégie tout aussi valable selon votre contexte.
Et vous ?
Êtes-vous plutôt locataire ou propriétaire ? Quels sont les critères qui ont guidé votre choix ? Partagez votre expérience en commentaire !